El Niño, November 2015, Courtesy NOAA

Retour d’El Niño : à quoi faut-il s’attendre ?

Le 11 juin 2026, Expertises Climat anticipait le retour d'El Niño et réunissait journalistes et chercheurs pour décrypter ce phénomène et ses possibles conséquences sur la société et l'économie françaises.

Début juin 2026, l’Organisation météorologique mondiale annonçait le retour d’El Niño pour l’été, avec environ 80 % de probabilité, et le Secrétaire général de l’ONU lançait une “alerte climatique urgente”.

L’association a proposé deux regards complémentaires : celui d’Éric Guilyardi, océanographe et climatologue (CNRS, Institut Pierre-Simon Laplace), et celui de Gilles Dufrénot, économiste (Sciences Po Aix), pour décrypter le phénomène et comment bien le couvrir dans les médias.

El Niño n’est pas causé par le changement climatique

C’est un phénomène naturel, présent depuis des centaines de milliers d’années. Mais ses effets se superposent à ceux du réchauffement climatique : une atmosphère plus chaude contient plus d’humidité, donc les inondations liées à El Niño sont plus fortes. En revanche, savoir si El Niño lui-même (fréquence, amplitude) évolue avec le climat reste une question de recherche ouverte.

Piège à éviter : non, El Niño n’a pas d’impact météo robuste en France métropolitaine ni en Europe
On ne peut pas affirmer, scientifiquement, qu’il a fait plus chaud cet été en Europe de l’ouest à cause d’El Niño. Le phénomène fait monter la température moyenne du globe (il couvre un quart de la surface de la planète), mais cet indicateur ne dicte pas les canicules locales. Attribuer une vague de chaleur française à El Niño serait une erreur.
L’Outre-mer, en revanche, est bien concerné : risque de cyclones en Polynésie française, anomalies de précipitations en Nouvelle-Calédonie.

Prévisible 6 à 9 mois à l’avance

Désormais, les scientifiques et agences météo peuvent prévoir El Niño plusieurs mois à l’avance. Cela laisse un peu de temps pour s’adapter afin d’atténuer les impacts (systèmes d’alerte, financement anticipé, assurances paramétriques), si tant est que le sujet est priorisé par les décideurs politiques. Au Pérou par exemple, la société s’adapte, les pêcheurs adaptent leurs activités. Cette prévisibilité repose en outre sur des réseaux d’observation dont la maintenance est aujourd’hui fragilisée, notamment aux États-Unis.

Et côté économie ? L’Europe est bien impactée, mais indirectement

Sécheresses et inondations dans les pays producteurs réduisent les récoltes (blé, maïs, café, sucre, huile de palme). Comme les grands marchés (Chicago, Londres) sont interconnectés, les prix montent partout, même sans importer directement des zones touchées.
Les effets peuvent être décalés (jusqu’à 15 mois pour le café) et amplifiés par les comportements de stockage et de couverture financière, parfois auto-réalisateurs. Autres canaux : production solaire/photovoltaïque, effets de second tour sur l’inflation, santé publique (paludisme, dengue), conflits liés au stress alimentaire. Une étude évoque jusqu’à 84 milliards d’euros de pertes lors d’épisodes prononcés.

Journalistes, des angles pour vos rédactions

El Niño ne concerne pas que les rubriques météo ou environnement : pouvoir d’achat et portefeuilles, politiques monétaires des banques centrales, chaînes d’approvisionnement, Outre-mer, coopération et aide au développement…

Merci aux chercheurs Éric Guilyardi et Gilles Dufrénot pour ces éclairages !

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