Adaptation des bâtiments : comment concilier confort d’été et confort d’hiver ? Quelles inégalités sociales face à la chaleur ? 

La précarité thermique n'est plus seulement hivernale : 66 % des Français souffrent de la chaleur en été, contre 46 % du froid en hiver. Deux chercheurs décryptent ces inégalités sociales face à la canicule et esquissent les contours d'un "droit à la fraîcheur".

Pendant une heure, les journalistes ont pu échanger avec deux chercheurs spécialistes des enjeux d’adaptation des bâtiments aux canicules :

  • Maël Ginsburger, maître de conférences en sociologie à l’Université Paris Cité & CERLIS (CNRS)
  • André Mounier, chercheur postdoctoral au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired)

Ce qu’il faut retenir :

  • La précarité thermique est désormais au moins autant estivale que hivernale : 66 % des Français souffrent (souvent ou parfois) de la chaleur en été, contre 46 % du froid en hiver. (ADEME/ObSoCo, Enquête Modes de vie et sobriété, 2024-2025)
  • Cette exposition à la chaleur est néanmoins très inégale : 44 % des ménages pauvres et inactifs souffrent souvent de la chaleur en été, contre 19 % des ménages favorisés. (Baromètre Sobriété ADEME-ObSoCo, Enquête Nationale Logement Insee (2006-2020). Ces inégalités sociales se retrouvent également concernant le niveau d’équipement des ménages pour faire face à la chaleur : les 10% des ménages les plus aisés sont trois fois plus équipés en climatiseurs fixes que les 10% des ménages les plus modestes (Insee, Enquête Nationale Logement 2020).
  • Le précarité thermique d’hiver a été reconnue dans les années 2000 comme un problème structurel nécessitant la mise en œuvre de politiques publiques spécifiques (tarifs sociaux, rénovation des passoires thermiques, aides ciblées, etc.), la précarité thermique d’été appelle la même reconnaissance qui pourrait prendre la forme d’un “droit à la fraîcheur”.
« Les gestes d’isolation qui sont aujourd’hui subventionnés ne sont pas négatifs pour adapter les logements aux canicules. Ces gestes ne sont cependant pas suffisants pour assurer un confort d’été acceptable, il faut a minima y ajouter des dispositifs de protection solaire et permettre une bonne ventilation nocturne des logements ».
André Mounier

Chercheur postdoctoral au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired)

  • Il est d’ores et déjà possible d’identifier plusieurs axes d’actions pour lutter contre la précarité thermique d’été :
    • développer le logement social, plus protecteur face à la chaleur ;
    • rénover le parc locatif privé dégradé en étendant les critères de décence à la performance thermique d’été en ciblant notamment les logements anciens, les petites surfaces, et les derniers étages sous toiture, subventionner, accompagner les propriétaires (audits, etc.) ;
    • de la même manière que pour les systèmes de chauffage : privilégier d’abord les solutions passives d’adaptation (isolation, protections solaires, etc.) pour réduire les besoins et ensuite dimensionner au mieux les systèmes actifs tels que les pompes à chaleur air-air (risques de surdimensionnement, de surcoûts et de pertes d’efficacité). Cela permet également de réduire les risques en cas de défaillance des systèmes, par exemples électriques ;
    •  aider les populations dont les conditions de logement ne permettent pas la régulation passive de la chaleur et qui ne disposent pas de perspectives d’adaptation de leurs logements, à accéder à la climatisation — sous des formes adaptées aux contraintes locatives et économiques, comme les équipements réversibles subventionnés (par exemple des pompes à chaleur air-air) ou les espaces publics rafraîchis ;
    •  intégrer la végétalisation à une politique urbaine redistributive : végétalisation prioritaire des espaces publics dans les quartiers vulnérables afin de compenser l’absence de ressources budgétaires et/ou résidentielles pour se refroidir ;
    • outiller la précarité énergétique d’été comme celle d’hiver : chèque énergie, repérage des « bouilloires thermiques », cartographie des vulnérabilités pour cibler les plans canicule.
« Exiger la sobriété de ceux dont le logement ne permet pas de l’exercer sans souffrir de la chaleur, c’est produire de la résignation ou de la colère. Pas de la transition. La reconnaissance d’un droit à la fraîcheur implique de penser des politiques d’adaptation thermique qui prennent en compte les inégalités d’exposition à la chaleur ainsi que les inégalités de capacité à s’en protéger ».
Maël Ginsburger

Maître de conférences en sociologie à l’Université Paris Cité & CERLIS

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