Tour de France, vélo du quotidien : le cyclisme à l’épreuve des canicules (Webinaire)

Canicule et vélo : quels impacts sur la pratique, du Tour de France aux trajets du quotidien ? Deux chercheurs spécialistes du climat éclairent les enjeux.

Pendant une heure, les journalistes ont pu échanger avec deux chercheurs spécialistes des impacts du changement climatique et des interactions vélo, climat et santé :

  • Benjamin Sultan, Directeur de recherche à l’IRD, Auteur contributeur du sixième rapport d’évaluation du GIEC et Membre du Comité Scientifique Français de la Désertification
  • Guillaume Chevance, Chercheur à l’EHESP / Inserm, Coordinateur de la Chaire de la Santé Mondiale à l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique

Ce qu’il faut retenir :

  • Sous l’effet du réchauffement climatique causé par les activités humaines, les vagues de chaleur sont trois fois plus fréquentes qu’au début du XXème siècle et plus chaudes. Le stress thermique qu’elles génèrent est de loin l’aléa climatique le plus meurtrier (devant les inondations, ouragans ou tornades). Entre 2000 et 2019, environ 489 000 décès par an sont imputables à la chaleur, dont 45 % en Asie et 36 % en Europe.
  • Ces vagues de chaleur sont également un vrai défi pour les compétitions sportives en plein air l’été. Le risque pour les athlètes est mesuré grâce à un indicateur de stress thermique, le WBGT (Water Bulb Globe Temperature) prenant en compte la chaleur, l’humidité, le vent et le rayonnement solaire. L’Union Cycliste Internationale impose à partir de 28 degrés WBGT des mesures d’adaptation pour limiter le risque pour les coureurs. Ces chaleurs extrêmes sont également un risque pour le public, très nombreux sur les routes du Tour.
  • Une étude sur l’évolution du climat lors des cinquante dernières éditions du Tour de France souligne que l’événement a jusqu’à présent eu la chance d’éviter les épisodes de chaleur les plus extrêmes. Si le Sud de la France est identifié comme un endroit particulièrement à risque, l’étude pointe aussi l’apparition de nouveaux “points chauds”, notamment les villes de Paris et Lyon qui sous l’effet des îlots de chaleur, franchissent désormais régulièrement le seuil de risque élevé.
« Jusqu’à présent, le Tour de France a eu la chance d’éviter les canicules les plus extrêmes mais, à cause du réchauffement climatique qui les rend plus fréquentes et plus intenses, cette chance risque de ne pas durer. Afin de limiter les risques pour la santé des sportifs et du public des mesures d’adaptation de la compétition pourraient être nécessaires : aménagement des horaires pour partir tôt le matin, réduction des distances, décalage de la compétition, etc. »
Benjamin Sultan

IRD

  • La pratique du vélo au quotidien est aussi touchée de plein fouet par l’augmentation des vagues de chaleur. En effet, au-delà de 30 degrés environ, on observe un recul de la pratique cyclable. Ce point d’inflexion cache toutefois d’importantes inégalités entres les individus. Pour les personnes les plus vulnérables, notamment celles en moins bonne condition physique, ce point d’inflexion est aux alentours de 25 degrés. Les impacts sont aussi différents entre les trajets à vélo de “loisir” et “utilitaires”. Le recul des pratiques “utilitaires” est moins fort. Les personnes en situation de vulnérabilité socio-économique continuant notamment à utiliser le vélo faute d’alternatives.
  • De nombreuses solutions structurelles existent pour limiter ce phénomène. On observe par exemple un impact plus limité de la chaleur sur la pratique cyclable lorsque les pistes sont à proximité d’espace vert ou bien encore le long de cours d’eau. Les pistes cyclables séparées de la voirie ont également un impact bénéfique en limitant l’impact de la chaleur des véhicules. A l’échelle individuelle, le vélo à assistance électrique (VAE) est également une solution pour limiter le stress thermique.
  • Sans oublier la réduction des émissions de gaz à effet de serre, limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré, réduit par cinq la population exposée aux fortes chaleurs par rapport à un réchauffement climatique de 2,5 degrés.
« C’est un peu le serpent qui se mord la queue : le vélo aide à lutter contre le changement climatique, mais les canicules qu’il génère freinent sa pratique. Les villes disposent de nombreuses solutions pour limiter ce phénomène : pistes cyclables séparées de la circulation pour moins subir l’effet chaleur des véhicules, politique de végétalisation pour créer de l’ombre et de la fraîcheur qui bénéficieront aux cyclistes ainsi qu’à tous les habitants.»
Guillaume Chevance

EHESP, Inserm

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