Quel avenir pour l’industrie automobile française ? Webinaire de 2 chercheurs pour les journalistes

Quelques jours avant l’ouverture du Mondial de l’Auto à Paris, Expertises Climat a organisé un temps d’échange consacré aux grands défis qui secouent actuellement l’industrie automobile française et européenne. 

Pendant une heure, les chercheurs ont pu échanger avec deux chercheurs spécialistes de l’industrie automobile :

  • Tommaso Pardi, sociologue, chargé de recherche au CNRS et directeur du Gerpisa,
  • Bernard Jullien, économiste, maître de conférence à l’Université de Bordeaux et Directeur de FERIA, cabinet de Formation, d’Etudes et de Recherche sur l’Industrie Automobile.

Ce qu’il faut retenir :

  • La stratégie des constructeurs automobiles européens, qui visent à préserver et/ou retrouver les niveaux de marge exceptionnels atteints au début des années 2020, est très court-termiste et met en danger l’avenir de la filière automobile européenne.
  • Cette tension entre stratégie de court terme et de long terme s’illustre particulièrement sur deux dossiers européens d’actualité : la réglementation sur les normes d’émission de CO2 des voitures neuves et l’exigence contenu local (taux minimum de pièces fabriquées en Europe dans la production de voitures).
  • Sur les normes d’émissions de CO2 et l’interdiction de la vente de voitures thermiques neuves en 2035, les constructeurs essaient aujourd’hui de gagner du temps, ce qui menace l’atteinte des objectifs de décarbonation du secteur. Les transports, dont l’automobile représente 50 % des émissions, sont aujourd’hui le premier secteur émetteur en France, avec plus d’un tiens des émissions (SDES, 2026).
  • La stratégie d’approvisionnement des constructeurs en composants chinois à bas prix fragilise l’ensemble du tissu industriel automobile en Europe, y compris les équipementiers ayant pris le virage de l’électrification.
  • Face à des industriels qui demandent d’assouplir les objectifs de décarbonation et les exigences de contenu local, les deux chercheurs jugent ces demandes contraires à leurs propres intérêts à long terme. Ils plaident pour une politique publique qui contraigne les constructeurs à réussir le virage électrique tout en restant ancrés dans l’emploi et le territoire européens.
« Protéger l’industrie automobile française et ses milliers d’équipementiers nécessite de trouver rapidement un accord garantissant que chaque voiture produite en France intègre un très haut niveau de pièces fabriquées en France et en Europe. Sinon, le « made with China » promu par les constructeurs deviendra vite un « made without Europe ». »
Bernard Jullien

Économiste, maître de conférence à l’Université de Bordeaux

« En accusant la voiture électrique et Bruxelles d’une crise dont ils sont largement responsables, les constructeurs européens sabotent leur propre avenir. Ils ralentissent le seul marché susceptible de décarboner leur offre et hypothèquent leurs dernières chances de rester compétitifs et de rattraper l’avance prise par l’industrie automobile chinoise sur l’électrique. Une autre voie est possible et passe par une reprise en main du dossier automobile par le politique. »
Tommaso Pardi

Sociologue, chargé de recherche au CNRS

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