Hantavirus, Covid… Pourquoi tant de zoonoses ?

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Alors qu’un cas d’hantavirus a été confirmé en France, et des cas contacts placés à l’isolement, Expertises Climat vous propose de creuser la question des zoonoses, ces maladies qui se transmettent entre humains et animaux. Comment expliquer ces zoonoses ? Y’a-t-il des solutions pour les prévenir ?

Qu’est-ce qu’une zoonose ?

Le terme « zoonose » a été introduit par le médecin allemand Rudolf Virchow, à partir des racines grecques zôon (animal) et nosos (maladie). Il désigne aujourd’hui l’ensemble des maladies infectieuses, microbiennes ou parasitaires, qui se transmettent naturellement entre les humains et les animaux. La grippe aviaire, le Mpox, Ebola ou encore le Covid-19 en sont des exemples.

Etat des lieux

Les épidémies de maladies infectieuses humaines et animales, et notamment les zoonoses, sont en forte augmentation depuis les dernières décennies. On observe une hausse similaire pour les maladies touchant les animaux d’élevage ou la faune sauvage.

Pourquoi les zoonoses sont-elles en hausse ?

La domestication et la densification animale. Depuis le Néolithique, la domestication des animaux a favorisé l’émergence de maladies infectieuses chez les humains. Les données de la FAO soulignent l’augmentation significative du nombre d’animaux domestiques dans le monde au cours des dernières décennies : le nombre de poulets est passé de 5 milliards à plus de 30 milliards depuis 1960, celui des vaches de moins d’un milliard à plus de 1,6 milliard.

La perte de biodiversité. La hausse des zoonoses est liée à cette croissance de l’élevage mais aussi à la perte de biodiversité qui en découle. L’expansion des cultures (maïs, soja) destinée à nourrir ces animaux entraîne le phénomène de déforestation et réduit les cultures traditionnelles. La biodiversité joue un rôle de bouclier sanitaire : lorsque de nombreuses espèces animales coexistent, les virus ont plus de difficultés à se propager, car toutes ne sont pas également capables de les transmettre. Par exemple, lorsqu’un moustique transmet un virus et est entouré d’une seule espèce animale, comme un oiseau, le virus se propage facilement, augmentant sa prévalence. Cependant, si plusieurs espèces sont présentes, le virus a plus de difficultés à s’adapter à toutes ses espèces.

Quelles solutions ?

L’approche One Health. La France et l’Allemagne ont joué un rôle clé dans la création du panel d’experts « Une seule santé » (OHHLEP) en collaboration avec des organisations internationales comme l’Organisation Mondiale pour la Santé et la FAO. L’objectif de ce panel d’experts est de renforcer la coopération entre la santé animale, environnementale, des écosystèmes et humaine. L’une des priorités est de mieux intégrer l’environnement dans cette approche, en renforçant la prévention en amont avant l’apparition des zoonoses, à travers des recherches sur les déterminants de la santé, pour une action plus efficace et plus adaptée.

Une initiative pionnière dans la péninsule du Yucatan. Depuis plus de cinq ans, les chercheurs du laboratoire Eldorado mènent un projet pilote au Mexique dans la péninsule du Yucatán. Le Yucatán, l’une des régions les plus déforestées du Mexique, a perdu 50% de sa jungle en 40 ans et le Mexique possède le plus grand nombre d’espèces menacées d’extinction selon l’UICN. Le risque de zoonoses y est majeur. L’objectif est de faire du Yucatán la première région au monde à mettre en place une stratégie durable de prévention des zoonoses. Les chercheurs suivent 12 sites représentant différents niveaux d’activité humaine, allant des zones protégées à des zones de forte agriculture intensive, pour y étudier la circulation des virus chez les rongeurs, chauves-souris, moustiques, oiseaux, et leur impact sur les populations locales, notamment les femmes qui sont les plus exposées, en raison de leurs activités. Il existe de nombreux échanges, notamment aériens, entre le Yucatan et la capitale Mexico. Ce qui se passe dans le Yucatán peut donc rapidement devenir un problème national, voire international. Les scientifiques collaborent avec les autorités de santé et agricoles aux niveaux étatique et fédéral, afin que ce modèle puisse servir d’exemple pour d’autres États du Mexique et à l’international.

L’initiative Prezode. En janvier 2021, l’initiative internationale Prezode a été lancée par Emmanuel Macron lors du One Planet Summit pour améliorer la prévention des maladies zoonotiques. Elle rassemble 250 institutions et 28 gouvernements. Avec deux objectifs principaux : développer des stratégies de prévention et renforcer la surveillance de l’interface animal-homme. Pour garantir l’efficacité de ces stratégies, un processus de co-construction a été mené pendant 18 mois dans 11 régions, débouchant sur un agenda stratégique structuré autour de cinq piliers : comprendre les risques, co-construire des solutions, renforcer les systèmes d’alerte, améliorer l’interopérabilité des données et engager tous les secteurs. Un financement de 55 millions d’euros a été accordé, dont 25 millions pour la recherche et 30 millions pour le programme opérationnel PREACTS, actif dans 11 pays. PREACTS vise à démontrer l’efficacité des stratégies de prévention à travers des success stories, en co-construisant des solutions durables avec les acteurs locaux.

Ce que disent les chercheurs

« On a besoin d’avoir des systèmes d’alerte beaucoup plus précoces et d’agir avant qu’il ne soit trop tard. » Serge Morand

« Si on ne met pas en place une vraie stratégie de prévention à combiner avec des stratégies de préparation et de réponse, le Covid-19 ne sera que le hors-d’œuvre et on aura d’autres pandémies potentiellement plus impactantes. » Benjamin Roche

Quelques chiffres clés

  • Le chien, domestiqué il y a plus de 17 000 ans, partage beaucoup plus de maladies infectieuses avec les humains que le lapin, domestiqué il y a environ 2 000 ans.
  • De même, le poulet, domestiqué en Asie du Sud-Est il y a environ 7 000 ans, partage plus de maladies avec les humains que le dindon, domestiqué plus récemment en Amérique du Nord. Ce constat vaut aussi pour les animaux semi-domestiqués ou apprivoisés, comme l’éléphant ou le renne.
  • Le nombre de vaches est passé de moins d’un milliard en 1960 à plus d’1,6 milliard en 2020. De même, la population de poulets a bondi d’environ 5 milliards à plus de 30 milliards, tandis que celle des cochons a presque atteint 1,6 milliard, malgré une baisse temporaire due à la peste porcine africaine.
  • On estimait à 300 milliards le nombre total d’oiseaux sauvages en 1997 ; aujourd’hui, leur nombre s’est réduit à 50 milliards.
  • Entre 300 000 et 500 000 espèces de virus encore inconnues circulent dans la faune sauvage, et pourraient potentiellement infecter l’homme.
  • Avant le XXe siècle, on avait une pandémie par siècle. Depuis le début du XXe, on en a déjà eu six.
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