Comment faire face au renchérissement de l’énergie provoqué par la guerre au Moyen-Orient ?

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La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz font craindre une nouvelle crise énergétique. Face à la hausse des prix, comment protéger ménages et industries en France, et renforcer durablement notre économie ?

Le 13 mars 2026, Expertises Climat a organisé un webinaire pour les journalistes en présence de : 

  • Patrice Geoffron – Professeur d’économie à l’université Paris Dauphine, Directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP)
  • Anissa Saumtally –  Économiste à l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE).

Citations

« Cette nouvelle crise est un douloureux rappel de notre dépendance aux importations d’énergies fossiles – qui représentent, près de 60% de l’énergie consommée en France. La seule assurance face à ces chocs que nous ne maîtrisons pas, c’est de décarboner notre économie et d’électrifier nos usages de l’énergie. »

Patrice Geoffron
Professeur d’économie à l’université Paris Dauphine,
Directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP)

« Pour être efficace, un soutien énergétique d’urgence doit remplir trois conditions : premièrement, cibler les ménages modestes et les plus dépendants à la voiture. Deuxièmement, être temporaire. Troisièmement, ce soutien ne doit pas casser l’incitation à consommer moins d’énergie et à électrifier notre économie, par exemple en passant à la mobilité électrique. Or, ces trois conditions ont rarement été réunies dans les politiques menées ces dernières années. »

Anissa Saumtally
Économiste à l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE)

Ce qu’il faut retenir :

  • Notre dépendance aux énergies fossiles est un risque structurel pour la France. La France important 99% de son pétrole et 96% de son gaz naturel liquéfié, chaque nouvelle crise énergétique – il s’agit de la troisième depuis 2018 –  menace notre stabilité.
  • S’ il est impossible de prévoir la durée de cette guerre, des signaux de fragilité se font déjà sentir dans les secteurs les plus dépendants des énergies fossiles : chimie, sidérurgie, agroalimentaire, cimenterie, etc. Les ménages sont également directement impactés, via notamment l’augmentation très rapide du prix des carburants.
  • Lors de la crise de 2022, les mesures adoptées (bouclier tarifaire, remise à la pompe) ont certes permis d’atténuer les impacts socio-économiques du renchérissement des énergies, mais pour un coût très important pour les finances publiques (80 milliards d’euros). En cause : l’absence de ciblage. Les ménages les plus aisés ont bénéficié quasiment deux fois plus de ces aides non ciblées que les ménages les plus modestes (Insee, 2022). Parce que les volumes d’aides sont difficiles à prévoir à l’avance, ce type de mesures immobilisent en outre des milliards d’euros, au détriment d’autres investissements publics. Le risque de dérapage budgétaire est également important, en cas d’enlisement des conflits.
  • Il existe d’autres solutions présentant un meilleur rapport coût-impact :
    • Flécher les recettes des taxes sur les énergies polluantes vers la transition énergétique et l’accompagnement des ménages,
    • Privilégier les aides ciblées (chèque énergie et carburant), à destination des ménages les plus vulnérables,
    • Plafonner les aides à la consommation d’énergie afin d’éviter de subventionner la surconsommation, à l’image du bouclier tarifaire allemand,
    • Mettre en place une taxation des superprofits des producteurs d’énergie, ce qui dégagerait des recettes supplémentaires pour amortir le choc.
  • Investir dans la transition écologique génère des bénéfices visibles à court terme : les ménages équipés d’un véhicule électrique sont moins vulnérables aux variations de prix du pétrole et du gaz, les foyers bénéficiant de logements rénovés bénéficient d’une baisse immédiate de leur facteur de chauffage, etc.
  • Depuis 2022, certaines solutions sont devenues plus accessibles. Plusieurs exemples peuvent être cités : le coût d’achat des voitures électriques en baisse, l’augmentation du nombre de bornes de recharge ou encore le développement de procédés industriels moins énergivores dans le ciment ou la sidérurgie.

Vous êtes journalistes ? Notre équipe a préparé un mémo pour vous aider à couvrir la hausse des coûts de l’énergie et ses conséquences en France.

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