Yann Aminot (IFREMER) et Anne Togola (BRGM) devant le siège d’M6 à Neuilly
14 octobre 2024

L’ampleur de la pollution aux PFAS : conférence scientifique pour la rédaction de M6

Depuis quelques années, l’opinion publique découvre l’ampleur des pollutions engendrées par les PFAS, également appelés « polluants éternels ». A l’avenir, les journalistes auront à couvrir ce thème régulièrement, pour informer sur les risques de ces substances, les réglementations les pollutions, locales ou diffuses et les solutions.

A la demande de M6, Expertises Climat a organisé le 14 octobre 2024 une conférence scientifique sur les PFAS, au sein de la rédaction, en présence des chercheurs Yann Aminot (Ifremer, basé à Nantes), spécialiste des contaminants chimiques en milieu marin, et Anne Togola (BRGM, basée à Orléans), spécialiste des pollutions chimiques des eaux terrestres et des sols. Les deux scientifiques ont présenté les enjeux principaux relatifs à ces polluants industriels et répondu aux questions des journalistes.

Yann Aminot et Anne Togola ont fait passer le message selon lequel il existe un consensus scientifique autour de la nécessaire interdiction de toutes ces molécules. En effet, les pollutions aux PFAS sont massives dans les milieux naturels, jusqu’aux milieux marins. Les scientifiques n’ont pas la possibilité de devancer l’industrie qui crée sans cesse de nouvelles molécules de cette famille (il en existe des milliers), que les scientifiques ne peuvent identifier que lorsqu’elles sont déjà dans les milieux naturels et qu’il est déjà trop tard, en somme. Dépolluer sans réduire l’afflux de contaminants serait impossible et trop coûteux. La solution la plus sûre est donc de bannir les PFAS dans leur totalité, hormis pour quelques usages essentiels, et d’entamer la dépollution des milieux.

Les chercheurs ont également rappelé que la majeure partie des pollutions se fait au moment de la fabrication de ces PFAS (et des produits industriels qui les contiennent comme les poêles anti-adhésives ou les mousses anti-incendies) et de leur mise au rebut. Donc l’important, outre la programmation de la fin de ces productions industrielles, c’est aussi, pour les consommateurs de ne pas acheter de nouveaux produits contenant des polluants éternels.

Les PFAS : de combien de molécules parle-t-on ? 

Les PFAS constitue une famille de milliers de composés chimiques entièrement fabriqués par les humains pour différents usages industriels. Ils ont en commun leur structure chimique (un atome de chlore et trois atomes de fluor), qui leur donne leur caractéristique principale : être très persistents, et donc ne pas se dégrader une fois qu’ils sont dans la nature, d’où leur surnom de « polluants éternels ». Ils contaminent l’eau et les sols à partir des effluents des sites qui synthétisent les PFAS, ou encore à partir des sites industriels qui utilisent des composés PFAS, ou bien des sites de traitement des eaux usées ou de lutte anti-incendies. Conséquence, on les retrouve partout : dans les sols, dans les eaux de surface et souterraines et dans la mer, dans les organismes vivants comme les mollusques et les poissons. Le foie des dauphins du Golfe de Gascogne contient des niveaux de PFAS dépassant les seuils sanitaires s’ils étaient « consommés » par l’homme.

Les PFAS – dont le plus connu est l’emblématique Teflon de la multinationale de la chimie DuPont – sont utilisés par l’industrie pour leur grande stabilité thermique (résistance à la chaleur), leur faible réactivité, leur caractère hydrophobe et oléophobe. On les trouve quasiment dans tous les secteurs industriels et dans 200 catégories et sous-catégories de produits finaux (métaux, traitement du textile, mousses anti-incendie, traitement du papier et emballages alimentaires, cosmétiques, industrie des polymères qui fabrique notamment les poêles anti-adhésives, électronique…).

Comment les humains sont-ils exposés ?

Les humains sont exposés aux PFAS par l’eau potable, les aliments (végétaux ou viande produits à proximité des sites industriels, poisson) ou encore par une exposition directe (cutanée ou respiratoire). Une étude de Santé publique France de septembre 2019 a découvert que, sur un échantillon d’un millier d’adultes et d’enfants français, 100% des individus avaient des PFAS dans leur corps.

En novembre 2023, le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) a classé le PFOA (l’un des principaux PFAS) comme « cancérigène pour l’homme » (groupe 1) et le PFOS comme « peut-être cancérogène possible pour l’homme » (groupe 2B). A ce jour, il existe très peu d’études épidémiologiques disponibles (sur 4 ou 5 molécules alors qu’il en existe des milliers). Les molécules ont des niveaux de toxicité très variés et aucune généralisation n’est possible.

Selon l’agence européenne de santé, l’EFSA, l’exposition fréquente aux PFAS peut avoir des effets potentiels sur la santé tels que :

  • la diminution de la réponse immunitaire à la vaccination chez les enfants ;
  • la diminution du poids à la naissance ;
  • des taux élevés de cholestérol ;
  • une perturbation du fonctionnement du foie.

D’autres effets sont suspectés :

  • perturbation endocrinienne,
  • troubles de la reproduction et de la fertilité,
  • augmentation du risque de cancer (cancers du rein ou des testicules).

Quelles actions possibles ?

Même lorsqu’on dépollue des milieux contaminés, ce qui est encore loin d’être généralisé, on ne sait pas quoi faire des boues de traitement, qui contiennent de fortes concentrations de PFAS. L’une des solutions étudiées est le faire de les brûler à très haute température dans des « super fours » (puisque ces composés sont résistants à la chaleur), mais cela requière une très grande quantité d’énergie, et représente donc un coût astronomique.

C’est pourquoi les scientifiques s’accordent à dire qu’il est nécessaire de couper le robinet à la source et de prononcer une interdiction générale des PFAS, hormis pour quelques usages exceptionnels, jugés essentiels par la société.

Cette conférence était organisée à l’invitation de la cheffe de rubrique environnement de M6, Pauline Ben Sassi, et de la directrice Engagement du groupe M6-RTL, Isabelle Verrecchia.

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