champ de colza
24 novembre 2025

Niche fiscale sur les agrocarburants, un traitement médiatique à sens unique ?

La proposition du projet de loi de finances 2026 de supprimer progressivement l’avantage fiscal sur les agrocarburants B100 et E85 a suscité une importante couverture dans les médias. Toutefois, la prédominance de quelques angles de traitement médiatique interroge sur la capacité à éclairer le débat

Le projet de loi de finances 2026 présenté mardi 14 octobre prévoyait de supprimer l’avantage fiscal sur l’agrocarburant B100 et de réduire progressivement celui sur le E85.

Dès le lendemain, cette mesure a fait l’objet d’un traitement médiatique très significatif. Expertises climat a comptabilisé plus de 114 occurrences du sujet dans les médias entre le 14 octobre et le 23 octobre, avec notamment des reportages dans les trois principaux JT du soir (TF1, FR2, M6). A titre de comparaison, on comptabilise 205 occurrences du sujet depuis le début de l’année, soit 55% des retombées médiatiques annuelles en seulement 10 jours.

Trois angles de traitement ont été particulièrement présents dans les sujets consacrés à cette proposition : les conséquences de la mesure sur le prix à la pompe, l’incertitude que cela créée pour les transporteurs routiers ayant fait le choix de convertir leur flotte au B100, l’impact potentiel de la mesure pour les agriculteurs producteurs d’agrocarburants.

Si ces trois angles de traitement ont leur pertinence, force  est de constater que très peu de place à été accordée aux considérations environnementales : comment produit-on les agrocarburants de première génération utilisés dans la fabrication du B100 et de l’E85 ? Cette production entre-t-elle en concurrence avec la production alimentaire ? Quel est le bilan environnemental global de ces agrocarburants ?

Le constat est le même concernant l’explication des avantages fiscaux accordés à la filière des agrocarburants. Il s’agit pourtant d’un point central pour éclairer le débat sur ce sujet …

Le B100 bénéficie par exemple d’une taxe réduite sur le carburant mais également d’un mécanisme de soutien à la filière via l’obligation faite aux vendeurs de carburant de respecter un taux minimum d’incorporation d’agrocarburants. S’ils ne respectent pas ce taux minimum, les vendeurs de carburant doivent acheter des certificats Tiruert. Un revenu complémentaire pour la filière estimé à 2,5 milliards d’euros par an par l’administration.

Enfin, plusieurs faits ont été malmenés au cours de cette séquence. Le chiffre d’un million d’automobilistes concernés a souvent été cité contre  400 000 véhicules particuliers d’après les chiffres du syndicat professionnel Bioéthanol France. Certains traitements ont également pu donner l’impression que la niche fiscale sur le E85 prendrait fin au 31 décembre 2025 alors que la mesure prévoyait un étalement sur trois ans pour lisser la hausse potentielle du prix du carburant.

L’analogie avec le traitement médiatique des Zones à Faibles Émissions est flagrante : nombre d’automobilistes concernés souvent largement exagéré, agitation d’un risque de nouvel épisode de type “gilets jaunes”.

Dans un article en date du 24 octobre, Le Monde revenait sur l’intense lobbying de la FNSEA pour maintenir la niche fiscale sur le B100. En s’appuyant sur une note du Secrétariat général à la planification écologique, l’article révèle que Saipol, principal producteur de B100 et filiale du groupe Avril présidé par Arnaud Rousseau, également président de la FNSEA, bénéficie chaque année d’environ 85 millions d’euros via cette niche fiscale tout en pouvant compter sur une marge confortable d’environ 20%.

Ces deux informations importantes auraient pu permettre de questionner notamment quels sont les acteurs qui devraient absorber financièrement la fin de cette niche fiscale. Les principaux producteurs d’agrocarburants ? Les transporteurs routiers ? Les consommateurs finaux ?

Malheureusement, la mesure a déjà été abondamment traitée et rejetée par les députés lors de l’examen du texte. Mais elle pourrait revenir rapidement dans l’actualité avec l’examen du projet de loi de finance 2026 au Sénat qui doit débuter ce lundi 24 novembre. Il sera alors encore temps de diversifier les angles de traitement médiatique en questionnant par exemple quels acteurs devraient absorber financièrement la fin de cette niche fiscale ou bien quel est le bilan environnemental global de ces agrocarburants  ? Autant de manière d’éclairer le débat public sur cette question.

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