Comment faire face au renchérissement de l’énergie induit par la guerre au Moyen-Orient ? Webinaire chercheurs-journalistes

La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz font craindre une nouvelle crise énergétique. Face à la hausse des prix, comment protéger ménages et industries en France, et renforcer durablement notre économie ? Pour échanger, Expertises Climat a réuni deux économistes spécialistes.

Pendant une heure les journalistes ont pu échanger avec deux économistes de l’énergie :

  • Patrice Geoffron – Professeur d’économie à l’université Paris Dauphine, Directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP)
  • Anissa Saumtally –  Économiste à l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE)

Ce qu’il faut retenir :

  • Notre dépendance aux énergies fossiles est un risque structurel pour l’autonomie de la France. La France important 99% de son pétrole et 96% de son gaz naturel liquéfié, chaque nouvelle crise énergétique – il s’agit de la troisième depuis 2018 –  menace notre stabilité.
« Cette nouvelle crise est un douloureux rappel de notre dépendance aux importations d’énergies fossiles – qui représentent, près de 60% de l’énergie consommée en France. La seule assurance face à ces chocs que nous ne maîtrisons pas, c’est de décarboner notre économie et d’électrifier nos usages de l’énergie. »
Patrice Geoffron

Professeur d’économie à l’université Paris Dauphine, Directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP)

  • S’ il est impossible de prévoir la durée de cette guerre, des signaux de fragilité se font déjà sentir dans les secteurs les plus dépendants des énergies fossiles : chimie, sidérurgie, agroalimentaire, cimenterie, etc. Les ménages sont également directement impactés, via notamment l’augmentation très rapide du prix des carburants.
  • Les mesures mises en place en 2022 (bouclier tarifaire, remise à la pompe) ont permis d’atténuer les impacts de la crise énergétique au prix d’un coût très important pour les finances publiques (80 milliards d’euros) en raison de l’absence de ciblage. Le bouclier tarifaire et la remise à la pompe ont représenté une subvention quasiment 2 fois supérieure pour les ménages les plus aisés par rapport aux plus modestes (Insee, 2022). Ces mesures font également peser un risque budgétaire structurel : des milliards d’euros sont immobilisés, au détriment d’investissements dans la transition et avec un risque de coûts à la hausse en cas d’enlisement du conflit.
« Pour être efficace, un soutien énergétique d’urgence doit remplir trois conditions : premièrement, cibler les ménages modestes et les plus dépendants à la voiture. Deuxièmement, être temporaire. Troisièmement, ce soutien ne doit pas casser l’incitation à consommer moins d’énergie et à électrifier notre économie, par exemple en passant à la mobilité électrique. Or, ces trois conditions ont rarement été réunies dans les politiques menées ces dernières années. »
Anissa Saumtally

Économiste à l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE)

  • Grâce à ce bilan de 2022, nous pouvons entrevoir d’autres solutions avec un meilleur rapport coût-impact. Flécher les recettes des taxes sur les énergies polluantes vers la transition énergétique et l’accompagnement des ménages, privilégier les aides ciblées (chèque énergie et carburant) sur les ménages les plus vulnérables, plafonner les aides à la consommation d’énergie afin d’éviter de subventionner la surconsommation, à l’image du bouclier tarifaire allemand. Mettre en place une taxation des superprofits des producteurs d’énergie, ce qui dégagerait des recettes supplémentaires pour amortir le choc.
  • Investir dans la transition écologique génère des bénéfices visibles à court terme : les ménages équipés d’un véhicule électrique sont moins vulnérables aux variations de prix du pétrole et du gaz, les foyers bénéficiant de logements rénovés bénéficient d’une baisse immédiate de leur facteur de chauffage, etc.
  • Enfin, depuis la précédente crise de 2022, de nombreuses solutions sont plus accessibles. Plusieurs exemples peuvent être cités : le coût d’achat des voitures électriques en baisse, l’augmentation du nombre de bornes de recharge ou encore le développement de procédés industriels moins énergivores dans le ciment ou la sidérurgie.

Vous êtes journalistes ? Notre équipe a préparé un mémo pour vous aider à couvrir la hausse des coûts de l’énergie et ses conséquences en France : 

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