La gratuité des transports en commun : webinaire chercheurs-journalistes

La gratuité des transports s’invite dans la campagne des municipales : bilan des villes qui l’ont adoptée ou promesse de candidat·es, le débat reste souvent réduit à un « pour ou contre ». Pour en éclairer les enjeux, Expertises Climat a réuni deux chercheurs spécialistes du sujet.

Pendant plus d’une heure, les journalistes ont pu échanger avec :

  • Philippe Poinsot, chercheur au LVMT, Maître de conférence à l’Université Gustave Eiffel et à l’Ecole d’Urbanisme de Paris,
  • Arnaud Passalacqua, Ingénieur et Historien au Lab’URBA, Professeur des universités et co-directeur de l’École d’Urbanisme de Paris.

Les principaux points à retenir :

  • Les politiques de gratuité dans les transports ne sont pas nouvelles, elles s’inscrivent dans une tendance historique de baisse du niveau de contribution des usagers au financement des transports en commun. Hors Ile-de-France, le niveau de contribution des usagers s’établit à 16%, compensé par une augmentation du versement mobilité payé par les entreprises et les établissements publics (à hauteur de 47%) et des contributions publiques (environ 38%).
  • On compte aujourd’hui une quarantaine de villes en France ayant mis en place une gratuité totale des transports en commun. Début 2026, le syndicat de l’Artois qui regroupe les communautés d’agglomération de Lens-Liévin, Hénin-Carvin et Béthune-Bruay est devenu le plus grand territoire ayant mis en place la gratuité totale avec 650 000 habitants concernés.
“Les effets des politiques de gratuité doivent être analysés à l’échelle locale tant la situation est différente d’un territoire à un autre. Il n’existe ainsi pas une mais des politiques de gratuité qui peuvent aller d’une gratuité partielle pour certains publics ou, à certains moments de la semaine, à une gratuité totale.”
Photo de Phillippe Poinsot
Philippe Poinsot

Chercheur au LVMT, Maître de conférence à l’Université Gustave Eiffel et à l’Ecole d’Urbanisme de Paris

  • D’une ville à l’autre, l’instauration de la gratuité totale a des effets très variables sur l’évolution de l’offre de transport. En effet, la part des recettes commerciales représentant en moyenne, hors Île-de-France, seulement 16% des dépenses totales des réseaux de transport, le choix de développer ou réduire l’offre de transport suite à la gratuité est avant tout un choix politique. On observe ainsi plusieurs dynamiques : développement important de l’offre, en quantité et en qualité, (par ex. Aubagne, Dunkerque, Gap), maintien d’une offre de base (Vitré), réduction de l’offre mais un service totalement renouvelé (Niort).
“Les analyses de fréquentation des réseaux passés à la gratuité soulignent une hausse sensible de celle-ci durant les deux premières années, puis un retour à un taux d’évolution classique. Il faut souligner toutefois que la gratuité s’accompagne souvent d’une évolution du réseau (offre, matériel roulant, mesures propices à la régularité…), ce qui peut aussi peser dans la hausse de fréquentation initiale. »
Photo d'Arnaud Passlacqua
Arnaud Passalacqua.

Ingénieur et Historien au Lab’URBA, Professeur des universités et co-directeur de l’École d’Urbanisme de Paris.

  • A Dunkerque, l’évaluation réalisée sous forme d’enquête auprès des usagers a montré que 24% des usagers enquêtés ont fait des trajets en bus, auparavant réalisés en voiture. Ce résultat ne peut toutefois pas être considéré comme une évaluation du report modal.
  • Le manque de retours d’expérience sur le report modal peut s’expliquer notamment par le fait que les objectifs politiques de la gratuité varient d’une commune à l’autre : objectifs sociaux, écologiques, d’attractivité de la métropole ou encore de relance des commerces de centre-ville, etc.
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