Julie de La Brosse, Antoine Chuzeville et Alexis Goujon ont été invités à s’exprimer autour d’une table-ronde sur les défis de l’information sur l’environnement par la presse écrite au théâtre de la Concorde lors de la soirée organisée par l’OME le 26 février 2026.
Marion Calais
Légende : Julie de La Brosse, Antoine Chuzeville et Alexis Goujon ont été invités à s’exprimer autour d’une table-ronde sur les défis de l’information sur l’environnement par la presse écrite au théâtre de la Concorde lors de la soirée organisée par l’OME le 26 février 2026.

L’environnement s’est-il fait une place en presse écrite ?

L'Observatoire des Médias sur l’Écologie a dévoilé les résultats du traitement des enjeux environnementaux par la presse écrite française. Bilan : le sujet reste encore peu traité mais la couverture dans les journaux est plus régulière et davantage tournée vers les solutions que dans l'audiovisuel.

6%. C’est la part d’articles qui ont parlé d’environnement parmi tous ceux publiés dans la presse française en 2025, selon le bilan dévoilé par l’Observatoire des Médias sur l’Écologie (OMÉ). Un chiffre inédit, rendu public le 26 février 2026, à l’occasion d’une soirée réunissant associations, journalistes et partenaires institutionnels au théâtre de la Concorde à Paris. C’est la première fois dans le monde qu’un outil numérique analyse quotidiennement la manière dont la plupart des médias d’un pays traite des questions environnementales.

“Il y a eu de vrais progrès depuis quinze ans [dans les médias français], mais qui ne vont pas aussi vite que la crise climatique. On sait qu’on doit faire mieux. C’est un constat unanimement partagé par la profession”, affirme Antoine Chuzeville, journaliste à France Télévisions et secrétaire général du Syndicat National des Journalistes. Dans le public, ses confrères et consoeurs acquiescent.

L’Observatoire atteint un périmètre inédit

Porté depuis novembre 2024 par un consortium d’entreprises et d’associations dont Expertises Climat fait partie, l’OMÉ mesure la place des enjeux environnementaux dans les médias. Après un an et demi consacré à la télévision et la radio, l’ouverture du périmètre d’analyse à la presse écrite permet désormais de dessiner une vue exhaustive de l’information environnementale diffusée par les médias français.

Changement climatique, érosion de la biodiversité, raréfaction des ressources… plus d’un million d’articles publiés en 2025 ont été passés au crible par des algorithmes, dont le code est public. Ils mesurent, en temps réel, la place accordée aux enjeux écologiques dans 55 titres de presse : quotidiens nationaux, régionaux, magazines d’information, sans oublier l’AFP. Résultat : la presse fait tout juste mieux que l’audiovisuel, qui culminait à 5% des programmes d’information consacrés à ces enjeux en 2025.

 “L’environnement est globalement moins soumis à l’actualité chaude en presse écrite”

Pendant la soirée au théâtre, l’association « Pour plus de climat dans les médias », qui a travaillé sur cette extension à la presse, pointe tout de même une différence importante : la couverture des enjeux environnementaux par la presse écrite est plus stable et régulière que dans les médias audiovisuels. “Même si l’on observe toujours des pics d’attention pendant les canicules ou encore pendant les inondations, l’environnement est globalement moins soumis à l’actualité chaude en presse écrite”, explique Claire Morvan, présidente de l’association.

Différence également entre les types de journaux : la presse quotidienne nationale et magazine tire la moyenne à la hausse, avec 8,1% d’articles évoquant les enjeux environnementaux toutes rubriques confondues. A noter que deux titres économiques, La Tribune et Les Échos, distancent largement le reste du panel, témoignant d’une intégration de ces enjeux plus transversale qu’ailleurs.

Part d’articles consacrés à l’environnement en 2025 par média et catégorie de média. Données tirées de l’Observatoire des médias sur l’écologie, 2026.
OME
Part d’articles consacrés à l’environnement en 2025 par média et catégorie de média. Données tirées de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie, 2026.

A la clé, un traitement plus régulier des enjeux environnementaux, qui ne sont plus cantonnés à la rubrique « Planète » : “On essaie de poser systématiquement la question de la soutenabilité quand on parle de la réalité économique de tel ou tel secteur”, assure Julie de La Brosse, cheffe de service Eco et transition à La Croix, arrivée en 7ème position. Le journal a fusionné les rubriques environnement et économie il y a quatre ans. Tous les journalistes doivent suivre une formation sur le climat et l’environnement – pas uniquement ceux du service.

Côté presse régionale, le résultat est plus contrasté, avec 4,6 % d’articles sur l’environnement. Claire Morvan nuance : “Cette moyenne est tirée à la baisse par le volume très important d’articles produits en PQR, souvent plus courts et couvrant une grande diversité de sujets, de la météo aux nécrologies.” Toujours plébiscitée par les lecteurs pour son ancrage territorial, la presse locale et régionale reste en première ligne pour raconter les crises environnementales déjà visibles sur le terrain, ainsi que les solutions mises en place localement pour y répondre.

Raconter ce qui se construit, pas seulement ce qui s’effondre

Car si l’on ne devait retenir qu’un chiffre de cette soirée, ce serait celui-ci : hors périodes de canicule, la presse écrite couvre cinq fois plus les solutions que les conséquences de la crise climatique, quand l’audiovisuel suit plutôt la tendance inverse.

Un signal encourageant pour l’Agence de la transition écologique (Ademe), partenaire de l’OMÉ, qui rappelle que cet angle constitue un puissant levier d’action. Une conviction partagée par Jean-Marc Four, directeur de Radio France Internationale : “C’est important de raconter des histoires constructives et pas seulement alarmistes sur l’environnement, au risque que les auditeurs se bouchent les oreilles.” Montrer les dilemmes concrets, se placer “à hauteur de réalités”, permet de toucher un public que les grands chiffres laissent parfois indifférent selon lui. Pour M. Four : « La clé c’est la formation de toutes les équipes, rédacteurs en chef et présentateurs compris.” Et de conclure : “Les journalistes seuls n’y arriveront pas. Il y a une responsabilité collective, si on veut que les résultats soient meilleurs l’année prochaine”.

Page d'accueil du site de l'Observatoire des médias sur l'écologie, février 2026.
Observatoire des médias sur l’écologie
Le site de l’Observatoire a fait peau neuve
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